12/09/2010

Est-ce que l'individu ou l'entreprise prime?

J'ai été confronté récemment (une fois encore) au hiatus qui peut parfois exister entre les individus et le monde du travail, ou en tous cas à la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle.

Petite mise en contexte: (comme si je n'avais pas deja assez à faire avec mon job, mes activités associatives et politiques et mon petit), je prends des cours postgrade dans le domaine du management des organisations internationales. J'espère y apprendre des compétences complémentaires qui me permettront de mieux faire mon travail et d'aider les associations à trouver des solutions qui les aident à mieux travailler tout en gardant leurs valeurs. Et la plupart du temps, c'est le cas: je rencontre des jeunes talentueux et des professionnels qui mettent leurs compétences au service des organisations. Parfois, cependant, je m'interroge sur le contenu, et sur l'éthique qui y est promue. Récemment, dans un cours de relations de travail, voici l'argumentaire qui a été mis en avant par le professeur: "Un de mes employés devait rendre un travail important pour une date précise. Il a mis deux jours de plus à le rendre, et la qualité de ce travail n'était pas bonne. Lorsque je l'ai interrogé sur la raison: il m'a dit que sa femme lui avait demandé le divorce quelques jours auparavant. Je trouve cela inacceptable et lui ai dit que si ca devait se reproduire, je m'en séparerai"

Hum hum... la, j'ai vraiment beaucoup de mal avec l'argumentaire. Ok, être en retard sur son travail peut causer des problèmes, il a nécessité dans ce cas que d'autres collègues passent leur week-end à corriger les erreurs qui avaient été commises. Mais on parle là d'un problème qui fait partie des quelques moments les plus pénibles de notre vie, ce qu'on aimerait ne jamais vivre.

Je vais vous raconter une autre anecdote, encore moins drôle.

Il y a une quinzaine d'années de cela, je travaillais avec un collègue qui était notoirement toujours en retard et mal organisé et sur lequel tout le monde râlait de manière proportionnelle. Il ne préparait pas ses réunions et arrivait la fleur au fusil, un bon quart d'heure après le début de la réunion. Lorsque nous avons eu une réunion plus importante encore et qu'il n'est pas du tout venu, le boss a appelé chez lui pour lui demander ce qui se passait. Et a appris que son fils venait de mourir.

 

Comme nous sommes dimanche matin, je ne vais pas rentrer dans un débat philosophique, mais simplement vous dire la chose suivante: s'il vous semble qu'un de vos collègues (ou a fortiori un de vos employés) n'est pas concentré sur son travail, donnez-lui le bénéfice du doute. Et plus important encore: parlez-lui avant que cela ne devienne un problème au sein de l'entreprise.

En connaissant (un peu) la vie privée de vos collègues, vous saurez peut-être les accepter tels qu'ils sont, ou peut-être serez-vous en mesure de les aider. Car au final, pour moi, l'individu doit parfois primer sur l'entreprise.

11:01 Écrit par Aurore Bui dans Développement durable, Economie, Femmes, Genève, Résistance, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook

Commentaires

Mille mercis Aurore, vous me donnez un peu d'espoir.

Dans une société où seul le profit compte, où l'entreprise n'assume plus ses responsabilités envers ses employés, notamment en matière de protection de la santé et de la personnalité du travailleur, je désespérais de trouver encore des personnes telles que vous.

L'entreprise pour laquelle je travaillais m'a rendu malade (notamment harcèlement moral, locaux inadaptés et insalubres, agressions m'ayant causé des problèmes respiratoires très handicapants) et lorsque j'ai voulu reprendre mon travail à 60 %, avant de le reprendre à 100 % 15 jours plus tard, mon employeur m'a licencié à près de 58 ans, alors que j'étais encore en période de protection, sans motif, avec effet immédiat, d'une manière inutilement vexatoire, ce qui m'a fait plonger dans une grave dépression.

A ce jour, je ne connais toujours pas le motif de mon licenciement. Mon patron a vaguement évoqué un courriel que je lui avais envoyé une semaine après le début de mon incapacité de travail, dans lequel je lui expliquais pour quelles raisons j'étais en arrêt maladie et ce qu'il me semblait souhaitable d'améliorer dans l'organisation du travail pour que je puisse travailler dans des conditions normales.

En fait, la seule chose qu'il pourrait me reprocher, c'est d'avoir gagné au Tribunal Fédéral, dans une affaire privée, alors que je ne faisais que défendre mes droits en matière d'égalité de traitement. Toutefois, selon le Code des obligations, est abusif un licenciement donné par une partie en raison de l'exercice par l'autre partie, d'un droit constitutionnel. Or, dans le cas particulier, je faisais valoir un cas d'égalité de traitement protégé par la Constitution fédérale.

Plus grave encore, dans le but évident de me nuire, alors que je suis encore son employé jusqu'au 30 septembre 2010 et que selon la loi il doit protéger ma santé et ma personnalité jusqu'à cette date, il continue son harcèlement à mon égard en tardant à me remettre les documents, réclamés depuis plus de 2 mois, dont j'ai impérativement besoin d'ici une semaine pour m'inscrire au chômage, notamment l'attestation de l'employeur pour la caisse de chômage, un certificat de travail intermédiaire, mes attestations de salaire. Vu que ces agressions perdurent, mon état de santé continue à se dégrader.

Cette situation m'est d'autant plus pénible que dans le cadre de ma formation de comptable, j'ai pris de nombreux cours de gestion du personnel, dans lesquels j'ai notamment eu connaissance des théories X et Y de Mc Gregor, de la Pyramide de Maslov, etc. et que je connais donc les effets dévastateurs qui peuvent être occasionnés par une mauvaise gestion du personnel. Comme le disait une de mes collègues également spécialiste en comptabilité et en fiscalité, visiblement notre patron n'a dû prendre les mêmes cours que nous.

Aurore, je vous souhaite le meilleur pour l'avenir, dans votre vie privée, votre vie professionnelle et en politique, car je suis persuadé que vous le méritez !

Je crois que vos parents ont très bien choisi votre prénom. Il est plein d'espoir.

Frédéric Vahlé

Écrit par : Frédéric Vahlé | 23/09/2010

Bonjour Frédéric,
Quant à moi, je souhaite vous remercier pour votre commentaire qui me motive à continuer mes (parfois illusoires) combats d'idées sur la toile.
A bientôt sur nos blogs respectifs,
Aurore

Écrit par : Aurore Bui | 25/09/2010

Bonjour Aurore,

Continuez à vous exprimer sur la toile. Vous avez de bonnes idées, persistez ! Selon mon expérience, relativement récente en matière de blogs, on ne peut juger de la qualité de ses interventions par le nombre des commentaires laissés sur son blog. Il me semble même que plus la note que nous publions est de qualité, moins les lecteurs osent s'exprimer. Il n'en demeure pas moins que le message est passé.

J'en veux pour preuve le fait que je reçois des messages sur mon site Internet parfois plusieurs semaines après la parution de mes notes, ce qui démontre que les lecteurs n'osent pas s'exprimer tout de suite mais qu'ils ont bien compris le message.

En ce qui me concerne, je n'adhère à aucun parti politique, tant je suis dégoûté par les politiques qui retournent leur veste dès qu'ils sont au Conseil d'Etat. Ce qui est certain c'est que cela fait environ 40 ans que je défends âprement mes droits et ceux de mes proches (famille, amis et même actuellement des personnes que je ne connais pas), dans tous les domaines (notamment en matière de logement, fiscalité, assurances sociales, droit du travail) car je suis persuadé que les gens qui ont eu affaire à moi se souviendront, en tout cas un certain temps qu'on ne peut pas traiter n'importe comment les locataires, consommateurs, employés, contribuables, bénéficiaires de prestations sociales, etc.).

Moi aussi j'ai parfois l'impression de crier dans le désert et d'être Don Quichotte qui se bat contre les moulins à vent. Toutefois, je me dis que si plus de personnes osaient faire valoir leurs droits, il y aurait certainement moins d'abus en tout genre.

En matière d'écologie, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour polluer le moins possible, notamment en triant mes déchets,en faisant mon propre compost et en renonçant à utiliser mon véhicule lorsque c'est possible. Cela fait plus de 15 ans que j'ai renoncé à l'utilisation d'engrais chimiques. Quant aux désherbants, je n'en ai jamais utilisé. Je suis donc un écologiste convaincu.

J'ai d'ailleurs réagi suite à un article récemment paru dans la Tribune de Genève, au sujet d'un container à habits à Carouge utilisé par un sans-abri pour y passer la nuit.

S'agissant de vêtement prétendument volés dans ces containers, j'ai notamment dit qu'il serait peut-être plus écologique de recycler les objets en amont plutôt qu'en aval et que je préfère une Planète "propre en ordre" qu'une Ville "propre en ordre". Cela me fait penser à l'expression : Il est propre sur lui ! Est-il propre sous ses habits ? N'est-ce donc que la première impression qui compte ?

Je dois avouer que certaines mesures appliqués à Genève en matière de transports, qu'ils soient publics ou privés me font bondir.

Notamment, les autorités cherchent à diminuer le nombre des voitures entrant à Genève en les arrêtant à chaque feu de signalisation. Cela me semble complètement ridicule. Celui qui a réellement besoin de sa voiture, notamment lorsqu'il habite dans la campagne et qu'il n'a aucun bus à proximité, ou tellement peu qu'il ne peut les utiliser, se rendra au travail en voiture, même si le trajet doit durer une heure.

En outre, le fait de stopper les voitures toutes les cinq minutes, dans l'illusoire espoir de dissuader leur conducteur à utiliser leur propre véhicule, accroit la pollution d'une manière incroyable. En effet, comme déjà dit sur un autre blog, une voiture de moyenne cylindrée utilise environ 16 litres aux 100 km sur au moins une centaine de mètres lorsqu'elle redémarre après un feu de signalisation alors que lorsque le trafic est fluide, ce même véhicule ne consommera que 4 ou 5 litres aux 100 km. Souffrant d'importants problèmes respiratoires, je suis très sensibilisé à ce problème.

J'ai de la peine à croire qu'avec les moyens informatiques dont nous disposons actuellement, nous ne parvenions pas à créer ce qui se faisait il y a une trentaine d'années, à savoir une "onde verte" dans laquelle, sur les grands axes, les véhicules pouvaient passer un grand nombre de feux au vert avant d'être arrêtés par un feu rouge. Je suis intimement convaincu que nous pourrions sensiblement diminuer la pollution de l'air en ville de cette manière en recréant ces "ondes vertes".

Enfin, est-ce en augmentant le prix du billet TPG à CHF 3.50 pour avoir, de surcroît de piètres prestations, que l'on va encourager les gens à utiliser les Transports publics. A ce prix là, honnêtement, je renonce à les utiliser.

A bientôt sur nos blogs respectifs,

Frédéric

Écrit par : Frédéric Vahlé | 26/09/2010

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