30/08/2011

Des femmes entrepreneurs sociaux

Lorsqu'il y a quelques années de cela, un collègue m'a demandé si j'avais l'intention de faire un "MBA", je lui ai répondu que s'il existait un MBA en développement durable, alors peut-être. Lui a pris cela pour une plaisanterie, car à ses yeux, un diplôme de management ne pouvait pas s'appliquer à un contexte hors de l'entreprise. Pourtant j'ai finalement trouvé mon bonheur il y a quelques années de cela en intégrant l'une des premières promotions du "International Organizations MBA", ou comment gérer des organisations à but non lucratif.

Pourquoi je vous parle de cela? Parce qu'Echoing Green, une des organisations leaders dans la promotion de l'entrepreneuriat social a identifié l'éducation comme l'un des facteurs limitant la présence des femmes en tant qu'entrepreneures sociales, notamment sur des modèles hybrides ou à but lucratif (1).

Il existe plusieurs sortes d'entreprises sociales, c'est à dire d'organisations actives dans la création de valeur sociale. Les associations sont des entreprises sociales, avec certaines caractéristiques: elles choisissent de ne pas faire de profit, et leur structure décisionnelle est collective, au sein des membres de l'assemblée. Elles vivent souvent (mais pas toujours!) en majorité sur des subventions. Une étude en France a montré que seulement 14% de leurs revenus venaient de ressources propres.

De nouveaux modèles d'entreprises sociales sont apparus il y a quelques années de cela: ils tendent à créer de nouvelles sources de revenus, et parfois, sont des entreprises à but lucratif. Parmi les entrepreneur(e)s sociaux soutenus par Echoing Green, le  pourcentage de modèles hybrides ou à but non lucratif a augmenté de 29 à 53% au cours des dernières années: et si le nombre de femmes entrepreneures sociales est resté à peu près stable, celui des femmes à créer des modèles hybrides ou à but non lucratif est presque nul. En Angleterre, une enquête récente montrait que les femmes ont presque autant de chances de lancer une activité d'"entrepreneuriat social" que les hommes (2) ; pourtant, sur les 55'000 entreprises sociales répertoriées en Angleterre, seule une sur six est gérée par une femme.

Pourquoi s'en offusquer? Parce que la création d'entreprises - et notamment d'entreprises sociales - par des personnes "différentes": femmes, mais aussi personnes issues de la diversité ou avec des parcours différents, peut créer des modèles différents, mais que cela implique que les personnes potentiellement créatrices soient bien informées sur les dernières tendances et formées sur ce qui leur permettra de créer des entreprises durables. Cela implique de dire plus souvent que l'entrepreneuriat - et notamment l'entrepreneuriat social - est une carrière possible pour les femmes, qui leur permet notamment de concilier plus facilement vie familiale et vie professionnelle. En retour, cependant cela signifie être d'accord prendre des risques, accepter de faire des erreurs et apprendre chaque jour sur la manière de créer un impact fort pour la communauté, sur le long terme.

Voici ce que des experts du sujet en disent: à travers une série de discussions organisées par son entreprise sociale 'Evolutionize it' en Belgique, Christina Jordan a identifié que "les femmes se tournent vers l'entrepreneuriat social parce qu'elles ont plus tendance à travailler avec leur coeur... leur travail est une extension de la manière dont elles voient le monde". Les femmes se concentreraient plus souvent sur la communauté locale, en opposition à des projets globaux. Elles seraient également plus motivées par la création d'un impact tangible, et seraient plus nombreuses à prévoir un plan de succession que les hommes entrepreneurs (3).

Me concernant, j'ai choisi d'utiliser ce fameux MBA à créer mon entreprise sociale, mais aussi à aider les associations avec lesquelles je travaille à créer des modèles financiers durables et à valoriser l'impact de leurs projets.

 

(1) Echoing Green - Where are the women?

12:10 Écrit par Aurore Bui dans Développement durable, Economie, Femmes | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

29/08/2011

De la responsabilité sociale... des organisations à but non lucratif

 

Si on pensait naïvement comme moi que la différence de salaire hommes-femmes existait principalement en entreprise, une enquête aux Etats-Unies montre que si la tendance va à l'amélioration, les femmes cadres des ONGs restent moins payées que leurs collègues masculins(1). Plus près de nous, un collectif des femmes pour l'ESS cherche à sensibiliser au sujet des inégalités femmes/hommes au sein de l'Economie Sociale et Solidaire et à mettre en place des propositions concrètes pour y mettre fin (2).

En ce qui me concerne, cela me perturbe et m'interroge par rapport à l'éthique qui devrait exister dans les organisations à but non lucratif. Comment en effet défendre les droits des femmes en tant qu'organisation si on n'applique pas à l'intérieur de l'organisation des principes essentiels d'égalité?

Une tendance grandissante au sein des organisations à but non lucratif (Organisations Internationales, ONGs, etc.) consiste à développer des programmes de Responsabilité Sociale à l'interne: égalité des genres, plans de mobilité, ou encore étude de l'empreinte écologique des ONGs. Le 29 Septembre aura lieu à l'Université de Genève une table ronde sur ces initiatives, intitulée "CSR in International Organizations: Practices and Examples", coorganisée par CSR Geneva et Net Impact Geneva.

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter le site www.csrgeneva.org ou me contacter en direct (aurore@yoursoftweb.com) pour recevoir une invitation

 

 

(1) http://www2.guidestar.org/rxa/news/news-releases/2008/nonprofit-gender-gap-continues-to-narrow-2008-guidestar-nonprofit-compensation-report-indicates.aspx

(2) http://cpca.asso.fr/spip.php?rubrique94

09:19 Écrit par Aurore Bui dans Economie, Femmes, Solidarité | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook